39e Estivales Photographiques du Trégor

27 juin — 7 octobre 2017
vernissage le samedi 24 juin à 18 h

affiche des 40e Estivales Photographiques du Trégor
photographie : Lorie, Stéphane Lavoué

 

Laurent Bellec

Feed manufacturing plants

« Nous oublions que les choses utiles peuvent aussi être belles »

Extrait du documentaire de Carlos Carcas et Noberto Lopez Amado « How much does your building weigh, Mr Foster? » consacré au travail de l’architecte Norman Foster (2012).

Mon regard voulait se porter sur des lieux délaissés, où l’on peut lire que s’est jouée une métamorphose du paysage. Cet objectif m’avait déjà conduit à réaliser différentes séries : cabines téléphoniques, transformateurs EDF, stations-service… Je voulais produire le sentiment d’un effacement imminent dans le paysage et donc établir de ces marqueurs une collecte rigoureuse. J’allais jusqu’à enregistrer minutieusement des points GPS, des numéros de téléphone… Je cherchais à structurer mon travail au maximum pour établir la géographie de ces marqueurs de la Modernité, celle de l’immédiat après-guerre. Énergie, communication, circulation, voilà ce dont je voulais établir l’exact compte-rendu.
Je me suis intéressé à la charnière qu’a constituée le passage de l’artisanat au monde ouvrier au cours des années 60 dans le domaine de la nutrition animale en Bretagne. En 30 ans pas moins de 50 sites industriels s’y sont construits.
Comme le dit très bien un de mes amis architecte, Mathieu Le Barzic : « Une usine n’est pas un objet fixe, c’est le résultat d’un processus universel de mouvement, comme une montre. C’est un organisme vivant. Des flux sont représentés. On remarque des adjonctions successives. Les formes n’y sont jamais finies. On pourrait parler d’analogie entre l’usine et le végétal dans le paysage. L’usine est la représentation d’un concept dynamique de forme, qui émerge et peut sembler soudain fonction d’une codification esthétique. Tout se passe comme si à l’intérieur du projet esthétique, la question de l’usage pouvait être préservée sans qu’elle soit réduite à celle de l’utilité. »
Le travail photographique est pour moi l’équivalent de la constitution d’un lexique, d’une grammaire. Je travaille à la captation d’un langage visuel. C’est ce qui n’est pas encore écrit qui m’intéresse ici. Dans l’histoire de la photographie, il y a une longue tradition de prises de vue du monde du travail mais aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’existe aucune trace de fonds photographiques concernant l’industrie de la nutrition animale.
Laurent Bellec

Laurent Bellec vit et travaille en Bretagne comme artiste photographe-éditeur. Il s’intéresse à la métamorphose du paysage. Il a photographié des centaines d’usines à travers le monde dans les principaux bassins de production animale, un tour du monde qu’il a commencé par sa région, la Bretagne puis l’Europe, et qui l’a amené ensuite à photographier ces « cathédrales de fer et de béton » aux USA, en Russie, en Australie, au Japon, au Brésil…

Laurent Bellec a créé sa propre maison d’édition « DESMARKERS ».
L’ensemble de ses ouvrages sont disponibles sur son site : www.art-feedmanufacture.com

 

Philippe Caharel

Fragiles apparences

Depuis plusieurs années je parcours les départements bretons avec l’idée de raconter ce pays intime et singulier par une démarche photographique. Faire exister les lieux en questionnant le paysage et ses changements successifs produits par nos modes de vie.
Régulièrement, je pars en prise de vue comme à l’aventure dans cette campagne bretonne. J’observe et je découvre les signes du changement qui se manifestent : la pression urbaine sur le littoral, l’abandon progressif des petits bourgs, l’industrialisation et l’urbanisation constantes. C’est un territoire en perpétuel mouvement qui forme une curieuse cartographie, complexe à déchiffrer où les espaces et le temps se sont enchevêtrés.
Ce sont plus particulièrement des lieux intermédiaires que j’interroge, des lieux habités où les opposés s’enrichissent, des lieux ordinaires où le petit accroc, le léger défaut va rendre plus étrange la réalité et percer le voile souvent trompeur des apparences.
Artiste du peu, du vide, du silence et de l’espace, je m’interroge constamment sur la façon de rendre doucement mélancoliques le réel et le paysage tout en en frôlant la banalité. Je mets en lumière une géographie intime de la Bretagne, des aspects de ma région rarement considérés jusqu’à présent comme dignes d’un quelconque intérêt photographique. Il s’agit d’une recherche conceptuelle et poétique pour peindre des paysages que j’ai peur d’oublier. Cette région je l’aime et je la revendique, mes racines sont ici.
Auteur photographe, je vis et travaille en Bretagne. J’ai entamé ma pratique artistique dans les années 80 et très jeune j’ai senti que l’image allait devenir le meilleur moyen de faire partager mes émotions. Photographe autodidacte, je n’appartiens à aucune école si ce n’est celle des maîtres photographes dont les œuvres ont influencé ma vocation tels Harry Callahan, Lee Friedlander, Walker Evans, Luigi Ghirri, Josef Koudelka…
Dans un premier temps, je me suis orienté vers une photo d’illustration idéalisée pour les magazines, pratique que j’ai délaissée progressivement au profit d’une écriture photographique d’auteur plus personnelle où la suggestion est plus forte que la description.
Tout en poursuivant mon travail d’épure, je me consacre dans des projets au long cours à une photographie inspirée par les interactions entre l’homme et le territoire.
Philippe Caharel

Expositions à Nantes, Angers, Redon, Tours…

Plusieurs publications aux éditions Coiffard dont Bretagne Panoramic, Nantes Nantes, La Loire

 

Vincent Gouriou

Les portraits de Vincent Gouriou ajoutent à leur beauté plastique celle du mystère des histoires indicibles. Sensuels, spirituels, secrets, ils ravivent la question de la normalité et de la différence. Entre identités et singularités. On ne naît pas homme ou femme, on le devient. La vie traverse tous les âges et la douleur aussi. Ce sont des amis, des proches, des inconnus, des familles faites de gays, de personnes transgenres, de femmes seules avec leurs enfants, et d’autres familles plus traditionnelles à travers lesquelles il tente de dresser un état des lieux des contours actuels de cette institution en perpétuelle redéfinition. Des rencontres qui nécessitent l’abandon, le lâcher-prise pour dire le trouble, le doute, la faille. Ambiguïté, cris étouffés d’une maladie, absence-présence. Ces fulgurances à l’instant où le rempart cède. Dans le silence, il avance millimètre par millimètre. Apprivoisant le grain de la peau, le regard qui se perd ou se donne. Dans un clair-obscur modelé, il observe l’altérité avec bienveillance. À travers ce miroir noir qui renvoie inéluctablement au moi pluriel et unique à la fois, il devient un observateur engagé de la condition humaine.
Dominique Cresson

Né en 1974, Vincent Gouriou vit à Brest. Depuis 2012, il poursuit un travail photographique centré sur le portrait et la question de la (re)construction de soi selon des particularités physiques, psychologiques ou sexuelles.

Expositions

Paris : BnF (lauréat de la Bourse du Talent, « Portrait ») en 2016 ; Carré de Baudouin (Réseau Diagonal) en 2016 ; au « 104 » pour le festival « Circulation(s) » en 2014 et dans la sélection officielle du Mois de la Photo 2014.

Kuala Lumpur, Malaisie : International Photo Awards, 2014.

Amsterdam, en 2015 et 2016 (primé au Pride Photo Award).

Utrecht, Fotodok Festival 2016, exposition collective « There is Something about My Family ».

Brest : Centre atlantique de la Photographie (2013 et 2014).

Lorient : Rencontres photographiques 2015.

Ses œuvres font partie des collections de la Maison européenne de la Photographie et de la Bibliothèque nationale de France.

Publications

CNN International, Lensculture,Visavisphoto, Fisheye, Réponses Photo…

Vincent Gouriou travaille également pour la presse (Télérama, Le Monde, Libération, La Croix, La Vie…) et pour des commandes institutionnelles.

 

Stéphane Lavoué

Photographier l’univers de la pêche sans partir en mer. Stéphane Lavoué est resté à quai pour témoigner d’une réalité qu’on oublie trop souvent : un emploi de marin crée quatre emplois à terre. Il est entré dans les chantiers navals, les forges marines, les ateliers de marée, les conserveries pour mettre en lumière ces hommes et ces femmes qui travaillent dans l’ombre. En suivant son regard, on découvre les ouvriers qui fabriquent et livrent la glace qui servira à conserver le poisson à bord, les charpentiers et forgerons qui construisent et entretiennent les bateaux qui partent à la conquête du poisson, les employés de marée qui trient, découpent et expédient le poisson qui se retrouvera sur les étals du monde entier. Stéphane Lavoué a sillonné Le Guilvinec et la façade maritime du pays bigouden pour capter le corps et les yeux de ces travailleurs qui participent à la grande odyssée de la pêche. Ses photos nous dévoilent un monde qui, souvent, échappe à notre regard.

Nous avons fini par nous y installer. À force d’enchaîner les allers-retours en pays bigouden, il a fallu nous rendre à l’évidence : nous voulions y vivre. En prenant comme fil rouge ce projet de « pêche à terre » sur le quartier maritime du Guilvinec, j’ai d’abord cherché une forme photographique susceptible d’exprimer au plus juste les émotions qui avaient motivé une telle décision. J’ai essayé le reportage sous sa forme la plus classique mais très vite j’ai été confronté à l’iconographie de la pêche, à tous ces éléments de décor (bateau, poisson, filets, quais…) qui renvoient immédiatement à un lexique visuel trop précis, trop évocateur. J’ai alors décidé de créer mon propre lexique, fait de portraits, de paysages et de natures mortes. Et c’est en associant ces images les unes aux autres, indépendamment de leur sujet, que je suis parvenu à retranscrire l’essentiel des émotions que je peux vivre ici, en Pays Bigouden.
Stéphane Lavoué

De Pierre Soulages à Salman Rushdie, de François Hollande à Vladimir Poutine, artistes, hommes politiques, acteurs ou intellectuels ont tous posé face à l’objectif de Stéphane Lavoué. Aussi à l’aise dans l’art du portrait que dans la photo de reportage, cet habitué des grands magazines internationaux est né à Mulhouse en 1976. Diplômé de l’École supérieure du bois en 1998, il part vivre deux ans en Amazonie brésilienne, chargé des achats de bois pour un groupe industriel français. De retour en France en 2001, il s’installe à Paris et abandonne le bois pour la photo. Il travaille pour la presse française et étrangère. En 2002, après avoir fondé le collectif « Dolce Vita » avec quatre autres photographes, il amorce une collaboration d’une dizaine d’années avec le quotidien Libération, passant du reportage politique au portrait de quatrième de couverture. Il intègre l’agence Myop en 2006 puis rejoint en 2010 le groupe de portraitistes Pasco. Il vient de terminer un projet de conte photographique dans un petit « royaume » aux États-Unis : le North east Kingdom of Vermont, qui a été exposé au festival Images Singulières à Sète, au Lian Zhou Photo Festival en Chine et à la galerie Fisheye à Paris. Parallèlement il réalise, en résidence à la Comédie Française, les portraits officiels des 65 comédiens de la troupe. Il est l’un des lauréats de la commande photographique nationale « Une jeunesse en France » (CNAP – Ministère de la Culture, novembre 2016).

Installé depuis plus d’un an à Penmarch (Finistère), Stéphane Lavoué a réalisé la série « À terre » dans le cadre du projet « La France vue d’ici », piloté par l’association CéTàVOIR et Mediapart (livre aux éditions de La Martinière, 2017).

 

Zeng Nian

Mes Bretons

Photographier les Bretons a été une chance pour moi. J’ai rencontré des gens qui aiment leur vie et leur métier, et sont fiers d’être bretons. Des gens courageux.
Un samedi de novembre, Joseph Baron m’a accueilli dans son exploitation. Lui et sa femme s’affairent à des activités multiples et variées. Entre autres, ils gèrent cinquante- deux hectares, un immense poulailler, et accueillent des vaches mises en quarantaine que des camions viennent déposer et réembarquent à la fin de leur mise à l’écart. Tout en parlant avec moi, Joseph Baron rasait les poils des vaches qui venaient de lui être confiées. Pas de temps à perdre pour cet exploitant hyper occupé.
Yann Tonneau, un jeune marin pêcheur m’a fait entrer à l’intérieur de son chalutier. Il m’a montré l’espace étroit où il logeait et son lit bien propre. Il m’a raconté que durant ses longs séjours en mer, écouteurs sur les oreilles, il plongeait dans la musique.
Et encore ce propriétaire d’un petit restaurant qui, après sa journée en cuisine, file travailler dans un abattoir de volaille. Un après-midi, il m’a confié : « Tu vois le plat, il est beau, non ? C’est parce que je l’ai fait avec mon cœur. »
Que dire de plus ? Simplement que moi aussi, face à ces Bretons, j’ai essayé de travailler avec mon cœur. Chaque portrait a été construit à partir d’une cinquantaine de prises de vue que j’ai assemblées. Cinquante détails pour chaque personne photographiée. Pour raconter leur présent, leur vécu. Pour raconter une histoire.
Merci à tous les visiteurs de cette exposition, c’est pour eux et avec eux qu’ensemble nous racontons cette histoire.
Zeng Nian, le 5 mars 2017

Zeng Nian naît en 1954 en Chine. En 1966, la révolution culturelle débute, les écoles sont fermées, il commence à faire des photos en autodidacte. En 1971, il est assigné à l’administration du port de Nankin en qualité de marin. En 1981 il se rend à bicyclette au Tibet, voyage qui durera six mois. En 1985, il entre à l’agence Sipa Press puis en 1994 à Contact Press Images, agence basée à Paris avant de rejoindre l’agence Gamma en 2000.

Ses reportages ont été publiés dans Paris Match, Le Figaro Magazine, The Independent, The New York Times Magazine, Géo, VSD, National Geographic…

Depuis 2010, il se consacre à l’édition et aux expositions avec notamment photos panoramiques et portraits grand format en noir et blanc. Il a été primé au World Press Photo (1996), au Festival International du scoop et du journalisme d’Angers (2003), au Festival Photoreporter de Saint-Brieuc (2012)…

Les photographies de l’exposition ont été prises lors d’une résidence en Bretagne organisée par L’Imagerie durant l’hiver et le printemps 2017.

Exposition présentée avec le soutien de Innova.

 

Paysages de Bretagne

Extraits du fonds photographique de L’Imagerie

Le fonds photographique de L’Imagerie, initié en 1983, regroupe aujourd’hui plus de 400 pièces acquises auprès des photographes ou de leur galerie lors des expositions ou suite à une résidence dans notre région. Cette collection constitue ainsi au fil des ans la mémoire imagée de la galerie.

L’exposition de la Chapelle de Saint-Samson de Pleumeur-Bodou regroupe des œuvres réalisées en Bretagne par Joachim Bonnemaison, Marie-Louise Bréhant, Nicolas Genette, Sylvain Girard, Patrick Le Bescont, Pascal Mirande, Bernard Plossu et Michel Séméniako.

Exposition du 24 juin au 26 juillet 2017 de 14 h 30 à 18 h 30 sauf dimanche et férié,
Chapelle de Saint-Samson, 22560 Pleumeur-Bodou,
avec le concours de l’Office municipal de la Culture et des Loisirs de Pleumeur-Bodou