Frédérique Aguillon
Histoire de familles

23 octobre 28 novembre 2020
vernissage le vendredi 23 octobre à 18 h
Frédérique Aguillon, Histoire de familles, 2019

Exposition en salle 3 de L’Imagerie.

Résidence d’artiste au Centre de Rééducation et de Réadaptation Fonctionnelles de Lannion – Trestel, portée par L’Imagerie avec le soutien de la Drac Bretagne et de l’ARS.

Depuis 2005 et la présentation de sa série d’autoportraits Ceci est mon corps, L’Imagerie accompagne le travail de Frédérique Aguillon, photographe de l’argentique et du noir et blanc, jusqu’à sa dernière série, Où vont nos pères ?, présentée en 2019 dans le cadre des 41e Estivales Photographiques.

À l’automne 2019, Frédérique Aguillon a mené pendant 15 jours avec une dizaine de patients des ateliers photographiques au Centre de Rééducation et de Réadaptation Fonctionnelles de Lannion – Trestel (dans le cadre du Dispositif Diagonal d’éducation à l’image « Entre les images », avec le soutien du ministère de la Culture). Dans le cadre de ce projet intitulé Portraits de famille, l’artiste a accompagné les patients hospitalisés à réaliser des images évoquant le lien provisoirement coupé avec leurs familles. Elle a également reconstruit dans l’hôpital un véritable studio photographique professionnel, et a invité les familles des patients à venir poser pour un portrait de famille.

Afin de poursuivre cette réflexion sur le lien entre hospitalisation et intimité familiale, Frédérique Aguillon a réalisé une résidence entre décembre 2019 et février 2020 au CRRF de Lannion – Trestel (avec le soutien de la Drac Bretagne et de l’ARS). En faisant, cette fois, le chemin inverse : elle est sortie de l’enceinte de l’hôpital afin d’aller photographier les photos de familles à domicile. Une dizaine de personnes (patients, anciens patients ou personnels hospitaliers du CRRF) ont accepté de lui ouvrir à la fois leurs portes et leur intimité. Car en entrant dans l’intérieur de ces maisons, en photographiant la façon dont apparaissent et s’agencent les images intimes dans les espaces domestiques, Frédérique Aguillon interroge le lien qu’établissent ces familles avec leur passé, leur histoire, leurs souvenirs, tout ce qui compose le patrimoine intime d’une famille.

Les photographies qu’elle partage sont comme des détails, pudiques, sobres, et dévoilent la puissance d’évocation de ces images en apparence banales, qui traversent le temps et qui accompagnent nos quotidiens. Au cœur de l’image, elles irradient pourtant d’une lueur saisissante.

Eric Bouttier, directeur artistique de L’Imagerie

Frédérique Aguillon, Histoire de familles, 2019

Depuis 184 ans et l’invention de la Photographie (1836), le réel s’est inscrit sur de la pellicule puis sur des écrans pour fixer certains instants de nos vies. Chaque évènement important à nos yeux est l’occasion de laisser une trace. Pour moi qui ai vécu la photographie sous sa forme argentique, c’est sur des petits rectangles de papier que mes souvenirs se sont cristallisés. J’ai grandi avec des albums photos parfaitement agencés et légendés, remplis d’images noir et blanc, aux bords dentelés, sur lesquelles posaient des personnes plus ou moins connues de moi. Les soirées de projection de diapositives couleur animaient les réunions familiales.

Chacun d’entre nous a ses reliques et garde ses photographies de famille dans de vieilles boîtes poussiéreuses, des albums reliés, des coffres, des valises. Ces photos habitent le domaine intime de la maison, du garage, de l’ordinateur ou du téléphone portable. Parfois elles sont mises à l’honneur dans un cadre, et accrochées au mur. Elles nous entourent, nous tiennent chaud ou nous encombrent. Parfois elles s’incrustent à l’endroit où nous les avons posées négligemment et restent là des années. Elles sédimentent.

C’est sur cette idée que j’ai construit ce travail de résidence d’artiste, proposé par le Centre de Réadaptation et de Rééducation Fonctionnelles de Trestel (22) et la galerie L’Imagerie à Lannion. Durant plusieurs semaines, j’ai été accueillie chaleureusement par des patients de ce centre hospitalier pour recevoir ces trésors que sont les photographies d’une famille. C’est au cours de l’atelier photographique que j’ai animé au mois d’octobre dans ce même lieu, que j’ai rencontré douze patients. Nous avons réalisé ensemble durant quinze jours des photographies sur le thème de la famille. Des liens de confiance se sont tissés entre nous et m’ont permis ensuite de  leur proposer mon projet. certains ont accepté d’autres non. Certains ont été déstabilisés par l’idée de ressortir de vieux souvenirs. Chaque personne qui m’a ouvert sa maison et son histoire familiale a permis à ce travail d’exister. J’ai regardé et j’ai écouté. Car l’image amène naturellement un récit. Celui de l’épopée des aïeux. Celui des trajectoires, parfois des drames de certains membres de la lignée. Pour moi il y avait aussi la beauté des images. Les mises en scène, les visages et les poses, les émotions, les rires qui se dégageaient de ces photographies. Les cadrages, les accessoires, les vêtements. La qualité des gris, des papiers photos, la couleur des tirages. Beaucoup de ces photographies étaient tirées en argentique et c’est tout naturellement que  j’ai travaillé à la prise de vue et au tirage avec cette technique.

La photographie argentique est ma langue maternelle. J’aime puissamment son langage et ses outils. Ce processus de la lumière qui transforme les grains d’Argent de la pellicule pour produire une image latente, invisible en l’état. L’action des produits chimiques qui va révéler l’image pour faire apparaître une image en négatif. J’aime cette inquiétude toujours présente du développement du film, cette peur de rater l’opération et de voir disparaître à jamais ce qui a été saisi. J’aime rêver sur le film qui sèche, tenter de voir si l’image pensée, vécue est bien là. Puis penchée sur le bac de révélateur regarder monter l’image. Voir enfin une infime part du réel s’inscrire et se fixer sur ce fragile morceau de papier humide. 

J’ai eu un immense plaisir à retrouver les odeurs du laboratoire et son espace clos et solitaire. Ce travail est un hommage à notre fragile humanité et aux liens que nous tissons ensemble.

Frédérique Aguillon, 31 mars 2020

éléments de biographie

Née en 1960 à Versailles, Frédérique Aguillon fait ses études aux Beaux-Arts de Quimper et obtient son diplôme supérieur d’expression plastique en 1987 sur présentation d’un travail de sculpture et de photographie. Elle s’investit depuis cette date dans son travail de photographie. Elle a publié deux ouvrages : Passeur solitaire (1996) et Ceci est mon corps (mai 2005, Editions Le Temps qu’il fait). Depuis 1990 ses photographies ont été présentées à Quimper, Carcassonne, Nancy, Remscheid (Allemagne), Chartres de Bretagne, Brest, Lorient. L’Imagerie a montré pour la première fois la série Ceci est mon corps en décembre 2005, tandis que la Galerie der Stadt de Remscheid, le château de Sainte Suzanne (Mayenne) et le Musée de La Roche Sur Yon ont exposé l’ensemble de son travail au cours de l’année 2006. Le festival Encontros da Imagem à Braga (Portugal) a exposé sa série Ceci est mon corps à l’occasion de son édition 2009, intitulée « Fronteiras do genero ». En 2009 elle participe au projet collectif « Carnets d’artistes » exposé à Quimper, Lannion, Vitré et Saint-Cloud. Elle réalise à cette occasion un livre d’artiste inspiré de l’œuvre de l’écrivain Kawabata, Les Belles endormies. Son dernier projet photographique, intitulé Où vont nos pères ? a été présenté à L’Imagerie en 2019 pendant les 41e Estivales Photographiques du Trégor, « Nos Pères ».

http://www.frederiqueaguillon.fr