Juliette Agnel
La Mémoire des roches

10 octobre 31 décembre 2020
vernissage le samedi 10 octobre à 18 h
crédit photo : © Juliette Agnel, L‘Invisible, 2019 / courtesy Galerie Françoise Paviot 

Cette exposition réunit les oeuvres récentes de Juliette Agnel, en lien avec ses recherches sur la matière, l’atemporalité et les énergies du paysage. En salle 1 de L’Imagerie, deux séries, réalisées en des confins mythiques, entrent en résonance : Les Portes de glace (2018, Groenland) et Taharqa et la nuit (2019, Soudan). L’Invisible, ensemble (photographies et film) réalisé dans les Monts d’Arrée en 2019, est présenté en salle 2. 

Depuis ses origines photographiques, Juliette Agnel puise dans l’expérience des territoires lointains la matrice de son univers, et interroge la profondeur matérielle du médium photographique en même temps que ce qui se cache derrière la surface du visible. Photographies d’images vues dans l’écran d’une monteuse Super-8 issues de films tournés en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Niger (Laps, 2003-2005) ou photogrammes issus de films Super-8 tournés au Zoo du Bronx à New-York (Bronx, 2005), polaroïds (Coréennes, 2009), camera obscura numériques (Les Enfants de Bamako, Mali, 2011 ; Islande #2, 2011 ; Ø, île, 2013, Norvège) : la profondeur de ses premières œuvres déjà envoûte. Nimbées de lumières à la fois vacillantes et aveuglantes qui créent un halo, les images y sont comme des vibrations, entre densité et transparence, et expriment un étirement du temps, une matière temporelle qui repousse les limites même de l’instantané.  

Avec Les Nocturnes (2017-2018), photographies de ciels étoilés qui voient se confronter la lourde matérialité du sol (terre, sable, roche) avec l’évanescence du ciel et son infini de points lumineux, le regard de Juliette Agnel s’ouvre pleinement pour s’offrir au paysage et à son absence de limites. La respiration des images a trouvé sa nouvelle distance d’observation : le dénuement, et l’abandon dans la contemplation — faire patiemment entrer l’immensité dans le cadre, et questionner les limites du visible.

Les séries présentées dans l’exposition La Mémoire des roches s’inscrivent dans cette même quête : elles nous placent dans un face à face avec l’immensité de ce qui nous dépasse, la nature, son évidence, son silence, le temps soudain arrêté. Si l’œuvre de Juliette Agnel est habitée, c’est qu’elle investit le champ de l’invisible, de cet impalpable inphotographiable : voir au-delà, comme s’il fallait aller chercher derrière l’image, creuser dans ses strates, faire exister sur sa surface ses multiples temporalités, mettre à jour l’immémoriel. Faire vibrer ses photographies et notre regard comme faire entendre les énergies du paysage — qu’il soit glacier ou fougère, tous sont en majesté.  

Eric Bouttier, directeur artistique de L’Imagerie

Les Portes de glace

Groenland, février 2018
Le voyage fait partie de la vie de Juliette Agnel, il est une part constitutive de son travail d’artiste. Après avoir photographié l’immensité étoilée recouvrant des paysages « presque irrationnels » dans le désert espagnol et sur les routes des Pyrénées, elle a en effet ressenti « le besoin d’un paysage de l’extrême ». En exprimant ainsi le désir de se confronter à l’impraticable, elle rappelle très concrètement ce à quoi enjoint Bataille dans l’Expérience intérieure: ne s’agit-il pas, après lui, de se rendre à « l’extrême du possible […] si loin qu’on ne puisse concevoir une possibilité d’aller plus loin » ?

La série Les Portes de glace est constituée de photographies d’icebergs prises au moyen format numérique, depuis un bateau. Chaque image a été retouchée, et ce travail de reprise crée le mystère en même temps qu’il le signifie ; il acte la transformation du paysage photographié, réel, en une vision métaphorique de l’inconnu. Le passage au négatif, souvenir artificiel de l’argentique en milieu numérique, agit comme une révélation : les rochers de glace dévoilent de précieuses facettes ; une force intérieure, vivante, semble pulser. Les autres images, restées en positif, sont plongées dans une pénombre crépusculaire. L’effet accentue la sensation de se situer à un croisement, où ce qu’il y a derrière l’image rencontrerait ce à quoi semble ouvrir le paysage.

Ces Portes donnent sur un vertige, sur une béance métaphysique, sur le dévoilement d’un absolu qu’elle nous invite à contempler.

Marie Chênel

Taharqa et la nuit

Soudan, janvier 2019
C’est un voyage qui prend racines au néolithique, en traversant le royaume de Kerma, jusqu’aux rois de Meroe. Ces photographies sont réalisées sur des sites archéologiques du Nord du Soudan, et font apparaitre la grande richesse de l’histoire du Soudan.

« J’ai fait un voyage immense et qui n’a duré que quelques jours, mais la puissance des lieux m’a offert d’étirer le temps du voyage ».

Ce qui anime cette série, c’est l’envie de montrer les forces qui sont là, invisibles, dans ces sites qui parlent des origines et du rapport au sacré, à l’espace et à la nature. C’est une série qui questionne comment montrer ces forces qui animent le lieu. La nuit et les étoiles portent cette intention.

Ce voyage au Soudan, c’est partout la recherche de la trace de la disparition d’un peuple, à travers des tombeaux, des temples, des peintures rupestres, des ruines, des sculptures : un monde disparu. C’est se présenter aux portes d’un monde après son anéantissement. En parallèle, c’est aussi toucher du bout des doigts leur existence, leur présence. Ce voyage s’inscrit dans un temps autant indéfini qu’il est défini. Il y a cette impression de monde enfoui, cet effacement du paysage, avec un désert qui tente d’engloutir toutes les habitations et fait disparaître (ou apparaître) les pyramides de Meroe, au loin, comme un mirage.

Juliette Agnel

crédit photo : © Juliette Agnel, Taharqa et la nuit, 2019

L’Invisible

Monts d’Arrée, été 2019
« Je crois que l’art qui me touche tient à cette relation du réel à l’invisible. À ces forces qui nous entourent mais que nous ne voyons pas. C’est une autorisation de croire à un absolu, à une rêverie qui pourrait prendre vie. »
Lors de sa résidence à Plounéour-Ménez, au cours de l’été 2019, c’est tout naturellement comme en expédition que Juliette Agnel a arpenté les monts d’Arrée, avec un émerveillement permanent, premier, pour reprendre les mots de Fabien Ribery sur son blog L’Intervalle. En ethnologue-photographe, elle y a ressenti les énergies cosmiques, telluriques, l’énergie des hommes, l’histoire des lieux, la mémoire des roches, « tout l’invisible contenu dans les lieux, ce qu’il nous raconte, mais qu’il ne nous dit pas ».

C’est aussi naturellement qu’elle y a rencontré le géobiologue Yann Gilbert, dont le travail est justement d’étudier et de contrôler ces énergies, qu’elle a pu le suivre et se laisser guider dans ces espaces qu’il connaît intimement.

Si l’on est en prise avec une sorte de conservatoire du vivant, comme un relevé topographique, une tentative d’inventaire des lieux rencontrés, c’est le prisme esthétique qui s’impose, la force du regard que Juliette Agnel a porté sur roches et fougères, menhirs et dolmens, sous-bois ou lande, calvaires et chapelles qui créent la singularité de ce territoire.

Et c’est finalement un paysage imaginaire qui se déploie, « une disproportion ordonnée échappant au discours pour faire entendre la tonalité d’une parole sans traduction possible, qui est au sens fort un ravissement, un rapt de tout l’être » (Fabien Ribery).

Isabelle Sauvage

Juliette Agnel a été invitée en résidence à l’été 2019 par l’association Poésie et pas de côté / éditions isabelle sauvage à l’ancienne poste de Plounéour-Ménez. Cette résidence a bénéficié du soutien de la DRAC Bretagne, de la Région Bretagne, du département du Finistère, de Morlaix communauté et de la commune de Plounéour-Ménez, ainsi que de l’association Les Moyens du bord (Morlaix), membre du réseau a.c.b – Art Contemporain en Bretagne.

biographie

Juliette Agnel est née en 1973. Après des études d’arts plastiques et d’ethno-esthétique à l’université Paris 1 puis aux Beaux-Arts de Paris (félicitée en 1999), une rencontre avec Jean Rouch l’amène sur les routes de l’Afrique pendant plus de dix ans.

En 2011, elle conçoit et fabrique une machine, la camera obscura numérique, qu’elle utilise pour filmer ou photographier et qui donne lieu à des images très singulières. Nominée au prix Découverte à Arles en 2017 avec une première série de Nocturnes, elle poursuit son travail de recherche sur les paysages extrêmes lors d’une expédition au Groenland en 2018 (séries Les Portes de glace et Les Étoiles pures) puis en 2019 au Soudan, sur le site mythique de Méroé (Les Nocturnes — Soudan et Un voyage dans le temps).

Présente à Paris Photo ou à la FIAC, elle a exposé également dans des lieux prestigieux comme, en 2018 et 2019, au centre Labanque à Béthune, à la galerie Le Lieu à Lorient ou encore à Chaumont-Photo-sur-Loire.
Juliette Agnel est représentée par la Galerie Françoise Paviot.

inauguration et visites commentées

Samedi 10 octobre à 18 h : vernissage de l’exposition en présence de Juliette Agnel à L’Imagerie.

Réservation obligatoire : contact.imagerie@orange.fr / tél. : 02 96 46 57 25

Samedi 21 novembre 2020 à 17 h : rencontre
Juliette Agnel invite Yann Gilbert, géobiologue basé dans les Monts d’Arrée. 

Réservation obligatoire : contact.imagerie@orange.fr / tél. : 02 96 46 57 25

Visites commentées de l’exposition par Eric Bouttier, directeur artistique de L’Imagerie :
· jeudi 5 novembre à 18 h 30
· mardi 24 novembre à 18 h 30
· jeudi 17 décembre à 18 h 30

Réservation obligatoire : contact.imagerie@orange.fr / tél. : 02 96 46 57 25

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