Marine Lanier
L’Île fauve

21 janvier 21 mars 2020
vernissage le samedi 18 janvier à 18 h
L’éclipse, Marine Lanier, 2018

Marine Lanier développe une pratique photographique qui s’enracine dans la fable documentaire, déployant un univers visuel poétique qui mêle récits intimes et mythologies collectives. Son exposition L’Île fauve présente deux séries récentes, amples et qui se font écho : Le Soleil des loups (2018) et Le Capitaine de vaisseau (2014 – en cours).

Tout le monde sait que le bateau fuit
Tout le monde sait que le capitaine a menti 

Everybody knows, Leonard Cohen 

« La maison éclate de lumière au milieu de la végétation. Elle est l’île fauve, le rocher vers lequel nous accostons tous les soirs. Le serpent est la frontière entre le monde des habitants, celui des villageois, des errants, des étrangers. Je garde de ce passé un mélange de géographie, de terres inexplorées, de franges noires et vertes, de navires qui accostent la nuit. Les tapisseries de l’étage sont gorgées d’eau. Mes yeux s’affolent au milieu du grand feuillage. Je ne trouve pas de sens à ce dessin. Je suis à l’intérieur d’un labyrinthe fait de branches, de lianes, de tunnels qui s’enfoncent dans la jungle. De grandes fresques habitent les murs ­— des photographies de bateau, de tempête, de naufrage, d’archipel, de palmiers. Des plantes que je n’ai jamais vues, vertes, jaunes, bleues s’entremêlent. Des bêtes se battent à l’intérieur de mon corps. J’entends les récits du Capitaine. J’ai le souvenir de soleils qui ne veulent pas s’éteindre — de l’océan. Quelque chose n’en finit pas de répéter le mouvement de l’onde. 

L’île fauve se déplace sur un fleuve du sud, j’y retourne souvent, je revois en rêve les méandres du Mississipi — il y a l’ancienne pépinière où travaille mon père, sous les bâches, des plantes rouges, oranges, brulées, ramenées de l’ancienne Indochine, eldorado de mon enfance, traversé de faste et de déclin, de cercles et de chutes.

L’île fauve est habitée par deux frères. Ils vivent au-dessus du volcan. Ils descendent dans le feu. Ce sont les gardiens du sanctuaire. Ils se baignent dans les cavités. Ils consument leur regard aux météores. Ils escaladent le relief inversé. Ils dorment dans l’herbe des cratères. Ils s’abritent dans les grottes. La rivière est cachée sous les arbres. Ils grandissent sur le plateau de l’éclipse. Ils pêchent. Ils chassent. Ils creusent les chemins. Ils construisent des cabanes. Ils vivent au creux des observatoires. Ils capturent les salamandres. Le territoire leur appartient. La lande est habitée par leur clan. Ils disparaissent dans les fougères, se cachent sous la lune – inventent des totems, recouvrent leur visage de suie – s’affrontent en duel. Les faux jumeaux meurent dans le soleil. Ils restent prisonniers au milieu des clairières. Ils accomplissent les rituels. Je connais leur royaume. 

À la fonte des glaces, je déterre les racines sur l’île fauve. Je monte dans le canoë jaune. Je pagaie autour de la maison. Je m’étourdis dans le long serpent noir. Je longe les murs qui se fissurent. Je passe mes doigts dans les lézardes pour écarter les murs, découvrir d’autres pièces secrètes, d’autres escaliers qui descendent vers des plages noires recouvertes de pierres phosphorescentes qui mènent à la rivière. Je pagaie des heures, le dos droit, je vis parmi ces indiens d’Amérique qui connaissent par cœur les méandres, le réseau hydraulique tatoué sur leur dos — regardent les cartes comme des vaisseaux sanguins. Je vais jusqu’au rocher blanc, le plus haut point de la rivière. Je regarde l’ange noir plonger dans la nuit. Il connaît les algues qui se cachent sous la surface de l’eau. La lumière jaune des canoës apparait. Leur mouvement crée un sillage bleu dans l’eau noire. Une ombre un peu plus claire, moins dense que la nuit — long secret dans lequel je descends. Les lianes me frôlent. La nuit enveloppe mes mains ­— elle noue mes poignets au siens. »

Marine Lanier

éléments de biographie

Née en 1981 à Valence, Marine Lanier vit et travaille entre Crest et Lyon. Après des études de géographie, lettres et cinéma, elle est diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles. Représentée par la galerie Jörg Brockmann (Genève), elle expose son travail en France et à l’étranger. En 2019, elle est lauréate de la commande nationale Flux, une société en mouvement, CNAP, Paris : elle présentera le travail qu’elle a mené dans ce cadre, Les Contrebandiers, aux Phautomnales ( Beauvais) en septembre 2020.

Marine Lanier sera également en résidence de création sur le territoire en 2020, résidence portée par L’Imagerie, avec le soutien de la Drac Bretagne.

inauguration et visites commentées

Samedi 18 janvier à 18 h : vernissage de l’exposition en présence de l’artiste à L’Imagerie, 22300 Lannion.

Visites commentées de l’exposition par Eric Bouttier, directeur artistique :

  • jeudi 23 janvier à 18 h 30, en présence de Marine Lanier
  • samedi 8 février à 15 h
  • mardi 10 mars à 18 h 30

télécharger le dossier de presse